Le Patriarche Oecuménique Bartholomée s'adressant au Parlement Européen




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Le Patriarche Oecuménique Bartholomée



Le Patriarche Oecuménique Bartholomée et le Président du Parlement Européen

___________ INFOS ____________


LE PATRIARCHE OECUMENIQUE BARTHOLOMEE S'EST ADRESSE AU PARLEMENT EUROPEEN


Bruxelles - Après le grand mufti de Damas en janvier et avant le grand rabbin de Londres, le Patriarche Oecuménique Bartholomée Ier de Constantinople - primus inter pares de l'ensemble de l'Eglise Orthodoxe - s’est adressé mercredi 24 septembre 2008 aux députés européens, dans le cadre de «l’Année européenne du dialogue interculturel».

Une séance solennelle. Un temps de respiration, loin des tractations et ultimes négociations du moment, pour entendre celui qui dispose d’une primauté d’honneur au sein de l’orthodoxie mondiale livrer « un message plongeant dans les profondeurs de notre expérience à travers «vingt siècles».

En énumérant les «pax romana, pax christiana, pax islamica et pax ottomanica» traversées par son Église, Bartholomée Ier a montré combien le dialogue interculturel n’était pas que pur «exercice académique» mais bien une «nécessité» et «un idéal pour le monde contemporain».

"L’Europe doit intégrer la Turquie dans son projet…"

Un idéal d’actualité, à ses yeux, tant pour la Turquie que pour l’Union Européenne.
«L’Europe doit intégrer la Turquie dans son projet…», a déclaré le Patriarche Oecuménique, s’attirant aussitôt quelques applaudissements. Avant d’achever sa phrase : «… et la Turquie doit soutenir le dialogue interculturel et la tolérance afin d’être acceptée dans le projet européen».

Plus tard, en conférence de presse, Bartholomée Ier a souhaité «une adhésion pleine et entière » de son pays à l’UE, mais en appelant aussi à une « résolution du problème des minorités» : «100 000 chrétiens ne sont pas une menace pour l’intégrité du pays!», a insisté celui qui lui-même appartient à la petite minorité grecque de Turquie.

L’adhésion turque exige cependant, de la part des Européens aussi, de mieux apprendre les vertus du dialogue interculturel. «Nous ressentons une hésitation devant le fait d’embrasser, comme un égal, un pays à dominante musulmane », s’est inquiété le leader orthodoxe dans l’hémicycle. « Pourtant l’Europe est remplie de millions de musulmans (…), tout comme l’Europe serait remplie de juifs si elle n’avait connu les horreurs de la Seconde Guerre mondiale». Devant les journalistes, il ajoutera que «la France compte six millions de musulmans, l’Allemagne plusieurs millions» : «C’est une réalité à ne pas ignorer».

Son discours achevé, le Patriarche Oecuménique, déjà reçu par le Parlement à Strasbourg en 1994, a eu droit à de longs applaudissements (tous bords confondus) de la part d’une assemblée debout. Au grand plaisir de Hans-Gert Pöttering, le président du Parlement Européen, qui espère accueillir Benoît XVI en mai prochain! En attendant, les élus polonais s’apprêtent à commémorer le mois prochain les vingt ans du discours de Jean-Paul II devant l’Assemblée européenne…

Le Patriarche Oecuménique était accompagné des Métropolites Panteleimon de Belgique, Cyrille d'Imbros et Ténédos et Emmanuel de France, ainsi que de l'Archimandrite Bartholomée Samaras, secrétaire-adjoint du Saint Synode.

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CONFÉRENCE DE PRESSE DU PATRIARCHE ŒCUMÉNIQUE BARTHOLOMÉE À BRUXELLES

Après avoir prononcé un discours, le mercredi 24 septembre, devant les parlementaires européens réunis en assemblée plénière à Bruxelles, le Patriarche Oecuménique Bartholomée a donné une conférence de presse en présence du président du PE, M. Hans-Gert Pöttering. Ce fut l’occasion pour le Patriarche d’évoquer les problèmes rencontrés par le Patriarcat Oecuménique ainsi que le dialogue entre les religions et les cultures. Interrogé sur le genre de relations qu'il voudrait voir s'établir entre l'Union Européenne et la Turquie, et si une relation privilégiée s'avérait préférable, le Patriarche a répondu : «La question est de nature politique; néanmoins, en qualité d'habitant de la Turquie, je souhaiterais, à l'instar de la grande majorité du peuple turc, que la Turquie adhère à l'Union Européenne comme membre à part entière, à condition que soient respectés les critères et présupposés qui sont valables pour chaque pays candidat».

«D'un point de vue géographique, la Turquie se trouve à la charnière de l'Asie et de l'Europe. C'est un pays-pont entre l'Asie et l'Europe, l'Occident et l'Orient, entre le christianisme et l'islam. Conformément à sa constitution, la Turquie est un État laïc qui souhaite son intégration dans l'Union Européenne suite aux réformes qu'il a entreprises jusqu'à ce jour. Je dois dire que malgré les pas qui ont été accomplis jusqu'aujourd'hui, il y a encore beaucoup à faire pour atteindre la démocratisation complète, le respect des droits de l'homme et particulièrement des libertés religieuses».

«Le fait», a-t-il remarqué, «que la population turque soit en majorité musulmane, ne doit point être considéré comme un obstacle. La coexistence d'individus de différentes convictions religieuses et appartenances culturelles est un enrichissement mutuel».
Répondant à une question sur les négociations qui viennent d’être entamées à Chypre, le Patriarche a déclaré : «Je souhaite que ces négociations soient couronnées de succès afin que soit réglé le problème politique de Chypre qui a malheureusement causé des préjudices inimaginables au Patriarcat œcuménique et à la minorité grecque orthodoxe de Constantinople. Si notre troupeau a diminué d'une manière inquiétante, cela est dû, en grande partie, au problème chypriote». 

Concernant les problèmes que rencontre le Patriarcat Oecuménique, le Patriarche a évoqué le jugement favorable de la Cour européenne des droits de l'homme à propos de l'orphelinat de  l'Ile aux Princes, soulignant qu'il existe encore des affaires en suspens qui touchent vingt-quatre institutions ; si tous les recours légaux en Turquie sont épuisés, les cas seront une fois encore portés devant la Cour Européenne des droits de l'homme.   

Enfin, relativement à l'école théologique de Halki, le Patriarche a souligné que «ce serait un grand honneur pour la Turquie - qui souhaite son intégration à l'Union Européenne -, d'héberger sur son territoire le centre de l'orthodoxie. Pour vivre, le patriarcat a besoin de cadres ; s'il n'a pas la possibilité de les former et de les préparer, cela représenterait un danger pour sa situation présente et future. Si des étudiants en théologie venaient des quatre coins du monde pour étudier (à Halki) puis retournaient chez eux en disant qu'ils avaient étudié dans un pays musulman avec toutes les libertés, ce serait là un gain majeur pour la Turquie».





 INTERVIEW

LE PATRIARCHE ŒCUMÉNIQUE BARTHOLOMÉE : "NOTRE PLANÈTE EST LA MAISON DE CHACUN, CHRÉTIENS ET NON-CHRÉTIENS"

C'est en ces termes que le Patriarche Bartholomée a conclu son discours au Parlement, le 24 septembre. Il a ajouté que les Chrétiens et les Musulmans coexistaient, en tant qu' "enfants du même Dieu". Il y aurait donc une "place pour chacun" en Europe. Partisan du dialogue, Bartholomée Ier nous livre ici ses impressions sur la religion, la politique, la Turquie, et l'Europe.



Aujourd'hui, vous vous êtes adressé à une institution politique en tant que chef religieux. Comment concevez-vous la relation entre la religion et la politique au niveau européen?

Le Patriarche Oecuménique Bartholomée: La religion et la politique coexistent, car elles servent toutes deux les hommes, elles existent toutes deux pour les hommes. Un politicien ne peut masquer sa foi, sa religion, celles-ci font partie de l'exercice de sa fonction. La culture européenne est basée sur la foi Chrétienne, sur les leçons de l'Evangile, mais cela ne signifie pas que les autres doivent être laissés hors d'Europe.

 

Vous avez fait du dialogue entre les religions votre priorité. Comment décririez-vous les relations actuelles entre les Chrétiens et les Musulmans d'Europe?

Le Patriarche Oecuménique Bartholomée: Plusieurs millions de Musulmans vivent aujourd'hui en Europe. Il s'agit-là d'une réalité que l'on ne peut ignorer. Nous, en tant que Chrétiens, sommes majoritaires en Europe, et, comme les minorités, nous désirons vivre en harmonie en tant qu'enfants du même Dieu. Les Musulmans, et aucune autre minorité, ne doivent vivre dans des ghettos : ils doivent être intégrés dans une société qui les accueille et leur offre le meilleur de ce qu'elle peut.

La société européenne est ouverte. De nombreuses villes européennes ont construit des Mosquées, comme à Rome, ville du Catholicisme, ou à Cologne. Mais cela doit être réciproque. Il n'est pas normal qu'aucune église chrétienne ne soit autorisée en Arabie Saoudite. A Constantinople, nous sommes une très petite minorité chrétienne, et en tant que citoyens turcs, nous remplissons entièrement nos obligations envers l'Etat. Seulement nous ne somme pas systématiquement traités comme la majorité musulmane. Nous avons l'impression d'être une classe inférieure de citoyens, ce qui est particulièrement difficile à vivre.

 

Vous avez été surnommé "le Patriarche vert" parce que vous défendez les causes environnementales. Pourquoi s'engager dans cette voie ?

Le Patriarche Oecuménique Bartholomée: J'ai hérité cet intérêt pour l'écologie de mon prédécesseur, le défunt Patriarche Dimitri, qui a fait du 1er Septembre la journée de la prière pour la protection de l'environnement. C'est-là une question urgente et critique dans les quatre coins du globe, et l'Eglise a un devoir de participation. Elle doit informer les populations, et notamment les plus jeunes qui détermineront le futur de cette planète. Cette question touche l'ensemble des individus, Chrétiens ou non, car la planète est notre 'oikos' commun, notre maison. Le mot 'écologie' vient d'ailleurs du terme 'oikos', qui signifie 'maison', en grec.

Nous organisons des colloques, tous les deux ans environ, dans lesquels nous n'invitons pas seulement des Chrétiens mais aussi des membres d'autres religions ou domaines (biologistes, environnementalistes, etc.). Ensemble, nous tâchons de créer un dialogue entre la science et la religion, et nous avons accompli de nombreuses choses. Lors de notre Colloque en Amazonie, nous avons vu de nos propres yeux la déforestation au profit des plantations de soja. Or, les forêts du Brésil génèrent de grandes quantités d'oxygène qui ont un rôle essentiel dans le monde entier. Un évêque anglican était très en colère de cette situation. Quand il est retourné dans son diocèse, à Liverpool, il a contacté les autorités locales qui ont interdit l'accès au port des navires chargés de soja du Brésil.

Le huitième colloque aura lieu sur les bords du Nil, en Egypte, au mois d'avril prochain.

 

Vous avez une vision très particulière, à la fois sur le dialogue entre les religions et sur les relations de la Turquie avec son voisinage. Pensez-vous que cela puisse influencer les négociations d'intégration entre la Turquie et l'UE ?

Le Patriarche Oecuménique Bartholomée: La Turquie a de bonnes relations avec ses voisins, dont la Grèce, la Bulgarie, et la Roumanie, trois Etats orthodoxes membres de l'Union européenne. Ces relations vont aider la Turquie dans ses négociations, mais contribueront aussi au bien-être des populations voisines, qui au lieu de s'entretuer et de dépenser des milliards dans l'armement, pourront coopérer dans la paix. Les fonds seront alors utilisés pour les dépenses publiques, comme l'éducation.

De nombreuses voix affirment que la Turquie est entièrement musulmane et qu'elle n'a pas sa place en Europe. Nous croyons que la différence religieuse ne doit pas être un obstacle. Si la Turquie remplit les différents critères d'adhésion, elle peut être acceptée par l'UE, même si son peuple est Musulman. Le monde musulman est différent, mais peut cohabiter avec le monde chrétien, comme cela s'est souvent produit par le passé.

Tant que nous saurons nous adapter, sans nous replier en ghettos, il y aura, en Europe, une place pour chacun.

 

 


 

 LE PATRIARCHE OECUMENIQUE BARTHOLOMEE

Sa toute Sainteté Bartholomée est Archevêque de Constantinople, la "nouvelle Rome", et Patriarche Œcuménique. Il est le 270ème successeur de l'Eglise Chrétienne locale, créée par Saint-André il y a 2000 ans. Il occupe le Premier Trône de l'Eglise Chrétienne Orthodoxe et préside, dans un esprit fraternel, le Primat Orthodoxe.

Le Patriarche Œcuménique a la responsabilité historique et théologique d'initier et de coordonner les actions au sein des Eglises d'Alexandrie, Antioche, Jérusalem, de Russie, Serbie, Roumanie, Bulgarie, Géorgie, Chypre, Grèce, Pologne, Albanie, Républiques Tchèque et Slovaquie, Finlande, Estonie, et d'autres nombreux diocèses.

Le Patriarche Bartholomée est né Dimitrios Arhondonis le 29 février 1940, sur l'île d'Imvros (Gokceada), en Turquie. Il a obtenu le diplôme de Théologie à la grande Ecole Théologique de Halki en 1961 et est docteur en Théologie de l'Université Pontifical de Rome.





 

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